Omar Cissé, startuppeur sénégalais, investisseur et fondateur d’un incubateur

Le quadragénaire dakarois a conçu une plate-forme permettant d’accepter tous les moyens de paiement via un terminal unique. Ce serial entrepreneur a également créé un incubateur et un fonds d’investissement.

Omar Cissé est l’un des startuppeurs les plus en vue du Sénégal. Ingénieur de conception en informatique, diplômé de l’école polytechnique de Dakar et titulaire d’un MBA, le quadragénaire a monté plusieurs entreprises dans son pays, dont 2SI, une SSII. Il est aujourd’hui à la tête d’ In Touch , un agrégateur de moyens de paiementqui permet aux commerçants de n’utiliser qu’un seul terminal. Une révolution sur un continent où coexistent pléthore de services et interfaces pas toujours interopérables.

Onetouch
Ce guichet unique propose également des services comme le paiement de factures, le rechargement de cartes téléphoniques ou les abonnements.« Notre solution était une demande forte des marchands », assure Omar Cissé, qui profite du boom des smartphones et du paiement mobile en Afrique.

1,5 million de transactions mensuelles

Le Dakarois a créé In Touch en 2014 et lancé les premiers services l’année suivante. « Nous avons enregistré 100.000 euros de chiffre d’affaires en 2015, 1,3 million en 2016 et 2 millions en 2017. Nous espérons faire cette année 5 millions d’euros », confie l’entrepreneur, en toute humilité. In Touch compte plus d’une centaine de collaborateurs, travaille avec plus de 5.000 commerçants, revendique plus de 1,5 million de transactions chaque mois, et est présent dans huit pays d’Afrique (Sénégal, Côte d’Ivoire, Mali, Guinée Conakry, Cameroun, Kenya, Burkina Faso, Maroc) aujourd’hui.
Ce déploiement rapide a pu s’opérer grâce à Total et Worldline, filiale d’Atos. Ces deux géants ont signé des accords commerciaux, de financement et de coopération technologique avec la Fintech africaine en juillet 2017, devant ses actionnaires. « Comme Total est déjà présent dans de nombreux pays du continent, cela nous aide beaucoup », commente Omar Cissé. Il prévoit d’ailleurs de lancer sa solution dans 30 nouveaux pays prochainement.

« Pour créer un business, il faut d’abord observer la société, et vouloir en résoudre les problèmes. InTouch est lancé en novembre 2015 à la suite de plusieurs constats. Le premier est qu’il y a 700 millions de clients mobiles en Afrique, et que beaucoup de services digitalisés (paiement des factures d’eau et d’électricité, achat de crédit téléphonique) se développent pour satisfaire les 300 millions de comptes de monnaie électronique sur le continent. C’est donc un secteur porteur. »

Il faut rappeller que l’aventure InTouch commence en janvier 2014 à Dakar : Omar Cissé ouvre une petite boutique dans le quartier populaire des Parcelles-Assainies. Très vite, le businessman, père de quatre enfants, se trouve confronté aux affres de la démultiplication des solutions de paiement mobile. Car dans la capitale sénégalaise, comme ailleurs en Afrique, l’offre est pléthorique mais les services ne sont pas toujours interopérables, ce qui complique la vie des commerçants entre Expresso, Orange, Tigo, Wari, Western Union, MoneyGram…

Terranga Capital

Annoncé en mars 2016, le fonds cocréé par Omar Cissé et le consultant belge Olivier Furdelle, au capital de 3,2 milliards de F CFA (4,9 millions d’euros), a passé un an à essuyer les plâtres. Mais Teranga Capital, partenaire d’Investisseurs & Partenaires (I&P), gestionnaire de fonds d’impacts dirigé par l’ancien patron de l’AFD Jean-Michel Severino, vient finalement de réaliser sa première prise de participation : 200 millions de F CFA ont déjà été décaissés au capital de OuiCarry, une société qui propose à ses clients au Sénégal de passer commande sur les sites marchands et de se faire livrer à domicile. La société affirme que son ambition est de réaliser cinq à six investissements par an pour des montants allant de 75 000 à 300 000 euros.

L’entrepreneur, qui est également l’un des cofondateurs de Teranga Capital(un véhicule d’investissement doté de 5 millions d’euros dédié aux PME du Sénégal), avait lancé l’incubateur d’entreprises numériques CTIC en 2011. Ce réseau est devenu une structure de référence au Sénégal. Omar Cissé l’a dirigé jusqu’en 2013 avant de se « consacrer à 200 % » à sa fintech In Touch. Il rêve, « d’ici 5 ans », de voir « des pépites africaines qui compteront dans l’écosystème mondial ».

Une réussite que ses proches expliquent par sa minutie. « Beaucoup plus regardant qu’un manager lambda, il veut comprendre tous les aspects d’un dossier », assure Yann Le Beux, cofondateur de Yux Dakar, un de ses partenaires d’affaires. Quand, en 2010, il rejoint un projet de création d’un incubateur actif dans les nouvelles technologies porté par la Banque mondiale et Orange, le pari est loin d’être gagné.
« Il s’agissait de parvenir à un modèle autonome financièrement », se souvient-il. Mais rapidement il parvient à réunir autour de la table l’État, la Sonatel et l’Organisation des professionnels des technologies de l’information et de la communication et crée le premier incubateur des TIC en Afrique de l’Ouest, CTIC. Un solide réseau devenu une structure de référence dans un pays qu’il n’a jamais quitté « plus de trois semaines de suite », comme il le répète à l’envi.

« Il faut réussir à créer un écosystème qui se nourrit lui-même : des entreprises fortes aident à coups de gros moyens les jeunes pousses, via les incubateurs par exemple ; et lorsque celles-ci deviennent fortes, elles financent l’incubateur qui les a fait grandir. Sauf que le Sénégal manque d’entreprises fortes pour aider les jeunes pousses à devenir des champions technologiques. Les seules sont les opérateurs Orange et Tigo, et tant qu’elles ne verront pas l’intérêt de mettre de gros moyens dans le développement des start-up, rien ne se passera.
Au Kenya, le M-Pesa (monnaie électronique kenyane) a explosé, car à un moment l’opérateur Safaricom a accepté de fournir aux développeurs une interface permettant de démocratiser le M-Pesa. Grâce à lui se sont développées la monnaie électronique et les start-up qui gravitent autour. En 2012, le M-Pesa au Kenya représentait 76 à 80 % des transactions électroniques d’Afrique. En 2018, il représente moins de 50 %, et en parallèle, l’Afrique de l’Ouest en représente 36 %. Cela arrive progressivement en Afrique de l’Ouest. »

#ICub #Africastartups #entrepreneurmindset